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22 juin 2008

La défense nationale au régime sec

Avant la parution, il y a quelques jours du livre blanc sur la Défense et le régime d'austérité auquel est confronté notre armée, Le général Thomann, ancien patron de la force d'action terrestre, avait accordé un entretien à Valeurs actuelles sur la réforme des armées.

"Frédéric Pons, le 30-05-2008
On peut être un général réformateur et pourtant critiquer la réforme lancée par le livre blanc et la RGPP. C’est le cas de Jean-Claude Thomann.Officier de choc (il commanda le prestigieux 8e régiment parachutiste de l’infanterie de marine à Castres), ancien numéro2 au Kosovo puis de la force d’action terrestre, il lança le processus de professionnalisation de l’armée de terre. Connu pour sa franchise, le général Thomann explique ses réticences sur le processus en cours.
Ses réflexions rencontrent un large écho parmi ses pairs d’active, tenus à la réserve. Parfois contestées, celles-ci viennent enrichir le débat sur l’avenir de notre système de défense.

Que mettez-vous en cause dans la commission du livre blanc ? Elle est composée de trente-cinq personnalités éminentes, dont cinq généraux représentant les armées et la gendarmerie, ce qui est peu au regard du thème traité. Aucune des sept souscommissions thématiques n’est présidée par un militaire, alors même que le chef d’état-major des armées en est membre, ce qui situe bien la place accordée aux militaires dans l’exercice de ce livre blanc.
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Mais de nombreux officiers ont été auditionnés. Rares parmi eux ont été les praticiens de l’opérationnel.Leur prestation a visiblement peu intéressé les membres de la commission,si l’on en juge au nombre des absents. On peut aussi s’étonner de ce que la commission de la RGPP sur l’administration générale et le soutien des armées ait travaillé en amont, sans lien avec celle du livre blanc, alors qu’elle a préconisé des mesures drastiques de réorganisation.

Que pensez-vous des orientations qui s’en dégagent ? Elles sont contestables. Elles accordent la priorité absolue au renseignement et à la surveillance satellitaire, qui a un coût exorbitant, en négligeant l’outil qui va avec, les forces. À budget constant,voire restreint,nous aurons un outil de défense avec une grosse tête et de tout petits bras, ce qui se paiera comptant sur la scène internationale. À quoi servira de “savoir”si l’on n’a plus le “pouvoir”d’agir ?
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L’armée de terre serait-elle plus menacée que les autres ? Composée à 70% de personnels contractuels, pesant deux à trois fois plus lourd en effectifs que l’armée de l’air ou la marine, elle est un réservoir privilégié pour toute opération significative de déflation,dès lors qu’on feint d’ignorer la nature des engagements actuels et futurs qui exigent de mettre de nombreux hommes sur le terrain, au coeur des populations. À moins qu’on renonce à intervenir, ce qui est un choix politique qui engage le rang de notre pays et mérite un débat plus large que celui conduit au sein d’une commission.

Qu’en est-il des moyens de l’armée de terre ? Ses besoins intéressent peu les grands lobbies industriels. C’est sa grande faiblesse, dès lors que notre pays privilégie l’aéronautique, le nucléaire et la construction navale. Cela est compréhensible mais ne devrait pas se traduire par un sous-équipement chronique des unités terrestres qui assurent 85 % de nos engagements opérationnels.

Comment osez-vous affirmer que nos unités sont “les moins bien équipées du monde occidental” ? Je ne peux ici me livrer à un inventaire de tous nos déficits que le commandement tente de combler, au coup par coup, selon les missions, et à dose homéopathique. Il taille dans des crédits essentiels pour faire face au plus urgent.

Mais de nouveaux équipements arrivent…
Certes, mais leur cadence de livraison est telle que les dotations de matériels conçus l’année A sont réellement en ligne l’année A + 10 ou l’année A + 15.Le plus grave est que nous envoyons en opération des soldats insuffisamment protégés. Les autorités politiques doivent en être conscientes et être prêtes à en assumer la responsabilité.

Que voulez-vous dire en parlant des cadres “qui voteront avec leurs pieds” ? On demande toujours plus à nos forces, avec toujours moins, alors qu’elles sont déjà suremployées, ainsi que leurs matériels plus que vieillissants, au coût de maintenance aberrant. Je pense que nos autorités apprécient mal le degré de lassitude et de frustration des personnels.

C’est-à-dire ? Les mesures de déflation risquent hélas de donner le signal de la débandade, au moins pour les meilleurs. Cela dit, il n’y a peut-être pas besoin de personnel d’élite pour une armée appelée à faire de la figuration.


Ayant été co-rédacteur d'un rapport sur l'armée de métier ou de conscription en 1995, je partage les inquiètudes de nombre de militaires et d'employés de la défense sur l'avenir opérationnel de notre outil de défense.
Claude Allègre voulait dégraisser le Mammouth de l'éducation nationale, les pressions exercées par les électeurs de gauche sur le gouvernement de M Jospin de l'époque avait porté un coup fatal au bon sens de ce ministre PS.
Aujourd'hui, le choix de dégraisser la "grande muette" semble moins risqué à court terme, reste à savoir si les conséquences économiques et politiques seront neutres à terme ?!

14:55 Publié dans Actualité nationale | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, armée, défense nationale

Commentaires

Les caisses de l"Etat ne sont pas vides pour tout le monde:

http%3A//tempsreel.nouvelobs.com/depeches/politique/20080623.FAP1184/le_gouvernement_fait_la_pub_de_ses_mesures_pour_le_pouv.html&cid=1236452164&usg=AFQjCNFBSbYnYpkN-Y7YEVs_biu5vzODPw

4,33 millions d'euros gaspillés. Pas perdus pour tout le monde bien sûr.

Ecrit par : AT | 23 juin 2008

Il et bien malheureux pour la France de voir l'effort de défense régresser alors que les périls et menaces sont de plus en plus importants dans le monde. Tous les états, y compris les pays en développement, augmentent leur budget.
supprimer des hommes pour les remplacer par de la technologie, souvent alléatoire, est dangereux pour la sécurité de notre pays.

Ecrit par : anti Livre blanc | 27 juin 2008

«Tous les budgets militaires augmentent dans le monde. En 2007, l'Union à vingt-sept a dépensé à peine plus de 200 millions d'euros pour sa défense, contre plus de 375 millions pour les États-Unis. L'Europe a baissé la garde et risque de se trouver impliquée dans des événements qui la dépassent, alors que son unification l'avait préservée des conflits pendant soixante ans…», prévient Jean-Dominique Giuliani, le directeur de la Fondation Schuman pour l'Europe, dans une note récente.

Ecrit par : A méditer | 27 juin 2008